La responsabilité autrement… pour les congrégations aussi!

Lors de la session annuelle de l'Urcec, les 10 et 11 janvier derniers à Paris, les tutelles congréganistes ont réfléchi aux moyens de mettre en actes la participation de tous au projet commun.

Comment donner l’envie de s’engager à tous les acteurs de la communauté éducative ? Allier, dans les pratiques d’établissement, la promotion de l’autonomie de chacun, tout en suscitant la participation de tous à un projet commun ? C’est à une nouvelle façon de penser et de vivre l’exercice de la tutelle, que l’Urcec (Union des réseaux congréganistes de l’enseignement catholique) avait choisi de consacrer sa session annuelle des 10 et 11 janvier derniers à Paris, en présence de 165 représentants de tutelle et membres de réseaux congréganistes. « Au regard d’un modèle jusqu’ici assez descendant de transmission par appropriation du charisme, l’enjeu est d’aider les acteurs du terrain à relier ce qui questionne leurs pratiques et la tradition éducative dans laquelle ils s’inscrivent », a souligné en introduction Jean-Jacques Erceau, secrétaire général de l’Urcec depuis septembre 2017.

Soeur Gugenberger, présidente sortante de l'Urcec et Jean-Jacques Erceau, nouveau secrétaire général.

Une tutelle qui donne du souffle plutôt que de se limiter à exercer un contrôle… Pour prendre conscience de ce changement de posture, les participants ont été invités, avec le concours de l’Institut Vaugirard (Marc Grassin, maître de conférences en philosophie, et Jérôme Gasquet, entrepreneur), à réfléchir autour de l’évolution des modes de pilotage. « Nous avons besoin d’un mode de pensée et d’engagement plus collectif », a expliqué dans une table ronde Jean-Pierre Labes, délégué de tutelle pour l’Assomption.
« Le défi est de vivre nos communautés éducatives comme des organisations apprenantes, faisant place à plus de liberté de penser et d’expression, de créativité et de prise de risque, a mis en avant pour sa part Jean Chapuis, directeur du pôle des Œuvres d’éducation chez les Lasalliens. Pas de copier-coller qui tienne donc, selon lui : « La dynamique est bien de permettre aux professionnels d’acquérir des gestes techniques et de cultiver ensemble une culture commune qui fasse sens. » Avec au cœur de cette transmission un esprit de compagnonnage : « L’enjeu n’est pas de vite transmettre le charisme aux laïcs avant de mourir mais de le porter et de s’enrichir autrement ensemble », a insisté Véronique Thiébault, sœur de l’Assomption, qui appelle à remettre entre les mains de chacun les textes originels des fondateurs et à créer autour de leur relecture de petits laboratoires de recherche.

Par Aurélie Sobocinski

Un nouveau président pour l’Urcec 

Le père Jean-Noël Charmoille a été élu président de l’Urcec, lors de l’assemblée générale du 10 janvier dernier pour un mandat de trois ans. Il succède à sœur Monique Gugenberger. Salésien de Don Bosco et prêtre, il a successivement exercé les missions d’enseignant et d’adjoint en pastorale scolaire, puis de rédacteur en chef de la revue Don Bosco Aujourd'hui, avant d’être nommé vicaire provincial (Province de France puis Province de France et Belgique Sud) et de devenir, en 2016, délégué à la tutelle des établissements scolaires du réseau Don Bosco.

Le pouvoir d’aimer

Parmi les intervenants à la session de l’Urcec : Marguerite Léna, de la communauté Saint-François-Xavier, dont la conférence a été très appréciée (1). Il revenait à la philosophe d’envisager comment « libérer dans la personne la capacité à s’engager ». Citant Lévinas, pour qui « le lien avec autrui ne se noue que comme responsabilité », elle a expliqué que la liberté passe par la priorité donnée à autrui, « qui la sauve d’un stérile narcissisme » et par « sa capacité de responsabilité qui inscrit l’action dans la durée d’une fidélité ». Répondre de soi, répondre d’autrui, répondre ensemble du devenir de nos sociétés, « cela commence dès l’enfance, par des appels et des propositions à la mesure de l’enfant, puis du jeune, qui tout à la fois le rendent responsable de lui-même et le tournent vers les autres. » Et de conclure : « Le pouvoir le plus haut de la liberté humaine est le pouvoir d’aimer (…) Finalement, n’est-ce pas de cela seul qu’il s’agit quand on cherche à libérer dans les personnes la capacité à donner et à s’engager ». SH

 

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