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Le migrant dans les Écritures

Jesus Asurmendi

La figure du migrant traverse tout l’Ancien Testament. Abraham, Moïse ont dû tout quitter pour aller vivre ailleurs. D’où l’exigence de bien traiter ceux qui font la même expérience. Jésus va encore plus loin quand il affirme qu’en accueillant l’étranger, c’est Dieu que l’on accueille. Décryptage avec le bibliste Jesùs Asurmendi, professeur honoraire à l’Institut catholique de Paris.

 

Tout commence avec Abraham…

Abraham a 75 ans quand Dieu lui dit : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai » (Gn 12,1). Le vieil homme obéit aussitôt, prouvant ainsi sa foi profonde. Moïse aussi est un migrant à plusieurs titres. Il est issu du peuple hébreu qui s’est réfugié en Égypte pour échapper à la famine. Puis il a dû fuir pour Madian (au nord de l’actuelle Arabie saoudite) car il avait tué un Égyptien. Il y a fondé une famille avec une Madianite et nomme son fils « Guershom » (« Migrant là ») car, dit-il, « je suis un immigré en terre étrangère » (Ex 2,22). Il est retourné ensuite en Égypte à la demande de Dieu pour libérer ses frères de l’esclavage et les guider vers la Terre promise. Ce fut l’Exode.

 

 

La Torah invite à aimer l’étranger

Les textes de la Torah (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome), dans leur dimension législative, font souvent référence aux émigrés en demandant aux Israélites d’adopter un comportement humain avec eux : « Tu ne molesteras pas l’étranger ni ne l’opprimeras car vous-mêmes avez été étrangers dans le pays d’Égypte » (Ex 22,20). Ce leitmotiv culmine dans le livre du Lévitique : « L’étranger qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été des étrangers au pays d’Égypte » (Lv 19,34). C’est dans ce chapitre que se trouve le commandement repris par Jésus : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19,18).

 

Les Israélites entre rejet et accueil

La Loi a beau répéter qu’il faut aimer l’étranger, les Israélites font la sourde oreille. Les livres d’Esdras et de Néhémie, écrits vers 450-400 av. J.-C., évoquent une vague xénophobe qui s’est abattue sur la communauté revenue de l’exil babylonien.Le prêtre Esdras oblige ainsi le peuple à expulser avec leurs enfants les femmes étrangères épousées par des juifs (Es 9-10).

Deux autres livres, écrits à la même époque, montrent une réalité inverse. Le livre de Ruth exalte cette femme généreuse, une Moabite (un peuple haï par les juifs) mariée à un Israélite. Le texte indique qu’elle est l’ancêtre du roi David (Rt 4,22) et donc de Jésus, comme l’atteste la généalogie de Matthieu (Mt 1,5). L’autre livre est celui du prophète Jonas. Les habitants de Ninive, capitale de l’Assyrie, y sont présentés comme des exemples de conversion. Il fallait oser faire l’apologie du peuple qui a soumis les Israélites !

 

Jésus s’inscrit dans la continuité

La question des migrants n’est pas explicitement abordée dans le Nouveau Testament mais Jésus ne cesse d’aller vers les exclus (les malades, les prostituées…) et s’adresse aux étrangers sans opérer de distinction (la Samaritaine, la Cananéenne, le centurion romain…). Le passage le plus éclairant se trouve dans l’évangile de Matthieu quand Jésus évoque le Jugement dernier. Dans ce récit, le Seigneur dit aux justes qui sont sauvés : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » Et il ajoute pour ces derniers qui s’étonnent : « […] dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 35-40). Le pape ne s’y est pas trompé, l’accueil du migrant est au cœur des Écritures et de la foi chrétienne.

Propos recueillis par Sylvie Horguelin

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